Emmanuel Moyrand : “Ne ratez pas le TGV du méta"

Writer Laura Campan

Longtemps fantasmée par le septième art, la réalité virtuelle pourrait bien dépasser le cadre de la fiction : c’est du moins ce que promet le métavers. Si certains y voient l’avenir d’internet, nombreux se posent en prophètes et hurlent (déjà) à sa fin. 

Mais l’histoire et toutes les technologies qu’elle a bercées ne sont-elles pas souvent allées à l’encontre de nos convictions profondes ? Souvenez-vous de l’avènement d’internet et du cataclysme à la petite pomme dans les années 2000. 

Et si les adeptes et précurseurs du métavers parvenaient, eux aussi, à réitérer l’exploit ?  

Emmanuel Moyrand, cofondateur et vice-président de France Meta, nous éclaire.

Si, pour certains, le métavers annonce déjà l’avènement d’un web 3ème génération, pour d’autres, il ne représente qu’une énième occasion pour les marques de jouer la carte publicitaire, avec la promesse d’une expérience immersive et résolument plus humaine. Mais qu’en est-il vraiment ? Comment définir un concept aussi clivant que méconnu ?

Le métavers est le futur d’internet : aujourd’hui, vous êtes sur internet. Demain, avec le Web3, vous serez dedans.

Voyez ça comme un millefeuille technologique : en bas, se trouve la couche blockchain l’huissier numérique qui certifie l’ensemble des données digitales, les rendant non modifiables, opposables et inaliénables. Au milieu, les NFT, ces jetons numériques qui vous donnent la propriété, l’usage ou l’accès à des biens ou à des espaces virtuels (avatars skins land, maisons) ou réels (bouteilles de vin, bâtiments, matchs de sport). Enfin, la couche supérieure, l’espace immersif, c’est-à-dire le lieu où les 400 millions d’utilisateurs se retrouvent quotidiennement pour échanger et construire le monde de demain. 

Nous sommes, comme en janvier 2000, lors des débuts d’internet, AOL est lent et imparfait, comme les 180 métavers de fin 2022.

Où en est-on de son développement ? Le métavers fera-t-il bientôt partie intégrante de nos vies et annoncera-t-il la “grande rupture d’internet” – pour reprendre les termes de Mark Zuckerberg ? 

OUI, il s’agit d’un major paradigm shift. Je le compare souvent à la Renaissance : au Moyen-Âge, on était enfermés dans les monastères et les moines copiaient des manuscrits à la main, avant qu’ils ne sortent et ne découvrent la perspective à la Renaissance, à Florence. 

On en est encore à la ruée vers l’or du klondike en 1899 où le Far West se lançait à la conquête des mines du golden rush – mais les normes arrivent.

Parmi tous les use cases de ces derniers mois – tous secteurs confondus – lequel est le plus abouti selon vous ?

Sans nul doute, les RH : de grands groupes commencent déjà à recruter dans le métavers, et les formations de certaines écoles commencent à s’y dispenser. 

Vous avez récemment publié un livre, “Révolutionner l’assurance avec le métavers”. Pourquoi se focaliser sur ce secteur ? 

Je suis un spécialiste de l’assurance depuis 20 ans. J’ai créé des startups dans ce monde et cofondé Insurtech France en 2020 – qui réunit 250 startups de l’assurance en France. 

J’ai commencé à emmener mon secteur vers le métavers avec la ROAM qui a créé un métavers pour ses 70 assureurs et cfdp qui y développe de la PJ.

Le livre, sous un format que sais-je, est une sorte de condensé de ce qu’il faut savoir avec divers use cases à travers le monde. C’est un concentré de formation continue, un promontoire pour les prochaines navigations, une carte exploratoire de terra incognita, un générateur de nouveaux business models.

Qui dit nouvel environnement, dit nouveaux codes et nouveaux corps de métiers. Selon vous, quelles sont les compétences à développer à l’aune de cette (r)évolution 3.0 ?

L’agilité, l’ouverture d’esprit et surtout l’adaptation à ces nouveaux utilisateurs (400 millions à ce jour) qui ont entre 15 et 17 ans, avec leur propres codes, et que les marques vont devoir comprendre.

Et surtout : essayer, encore et encore, pour s’imprégner de ce nouveau monde à la Christophe Colomb.

Le mot de la fin ? 

NE RATEZ PAS LE TGV du méta pendant qu’il est encore temps !

En 1997, les assureurs avaient refusé de considérer internet comme un vecteur de développement, alors ne retombons pas dans les mêmes travers et regardons droit devant nous, ici et maintenant.