16.12.2022 Human Resources compensation & Benefits Talent Trends

Fin de vie pour le CDI ? Vive le nomadisme

Romain Tisné, Partner & Certified Coach (Talantlers)
Writer Romain Tisné, Partner & Certified Coach (Talantlers)

De plus en plus d’actifs se repositionnent sur des missions de management de transition, se muent en travailleurs nomades multi-employeurs ou basculent vers l’entrepreneuriat. Et si le contrat à durée indéterminée (CDI) était amené à disparaitre ?

Considéré jusqu’à récemment comme un graal, le CDI est de moins en moins attractif. La raison principale en est le lien de subordination qui génèrerait des comportements anesthésiants chez les salariés et devient parfois une contrainte pour une organisation qui fonctionne de plus en plus en mode projet. En décalage avec l’économie actuelle, la nécessité d’innover et les compétences intra/entrepreneuriales, le CDI ne rassure plus qu’un seul acteur : le banquier.

L’avènement de nouveaux modes collaboratifs…

La transformation numérique, le tout digital ainsi que les nouveaux modes de collaboration ont concrétisé le besoin de flexibilité au travail. A ce contexte s’ajoute une redéfinition de l’épanouissement professionnel qui se caractérise par l’absence de contraintes et d’obligations salariales. La possibilité de changer d’entreprise, d’équipe ou de manager est devenue un facteur clé de ce mode de vie. La liberté est ainsi un élément déterminant dans la construction d’une carrière professionnelle. Conséquences : les actifs se tournent vers de nouveaux modes de travail. Parmi eux, le management de transition qui s’adresse à des profils de direction très expérimentés. La mission de ces cadres consiste à intervenir à temps partiel, à temps partagé ou à temps plein sur des missions stratégiques et relativement complexes qui sont confiées par des entreprises.

Ces dernières années ont également vu l’émergence de travailleurs nomades. Est considéré comme tel, un professionnel indépendant mobile ayant la possibilité d’exercer son métier et ses missions dans d’autres lieux que les locaux d’une entreprise. Autre cas de figure : plusieurs employeurs se partagent sa compétence. Ce qui distingue ce profil, c’est le choix de sa destination: celle-ci n’est aucunement liée à son activité professionnelle, mais à ses envies. Il en va de même pour les missions : le travailleur de demain compose lui-même sa fiche de poste en lien avec plusieurs managers. Dans cette équation, nous nous orientons vers une marketplace de compétences intra ou inter-entreprises qui mettrait en relation des besoins et des savoirs.

Le nomadisme des travailleurs se reflète également dans la multiplication de lieux dédiés : espaces de co-working, tiers-lieux, incubateurs ou encore fab lab. Ces professionnels souhaitent travailler où ils veulent sur des sujets diversifiés en partenariat avec leurs parties prenantes.

Véritables représentants de la transformation du travail, les indépendants sont désormais synonymes de liberté alors même que dans certains cas le contenu de leur mission est le même qu’en CDI. On ne travaille plus ensemble parce qu’on le doit, on le fait parce qu’on le veut. On ne cherche plus à sous-traiter des tâches à des indépendants pour dégrader les conditions offertes mais on expérimente de nouveaux modes collaboratifs pour augmenter la taille du vivier potentiel. Preuve de cette liberté matérielle, certaines entreprises se limitent désormais à quelques mètres carrés de bureaux, des outils collaboratifs, une boîte aux lettres électronique et un site web.

L’ensemble de ces actifs et des entreprises qui s’inscrivent dans cet esprit partagent des caractéristiques communes, sans lesquelles ils ne pourraient mener à bien leur projet : le goût de l’innovation, le besoin de flexibilité et la liberté.

… sonne la fin du CDI

Dans un monde globalisé dans lequel les outils collaboratifs sont légion, l’entreprise baleine laisse peu à peu place au banc de sardines. Par cette image, il convient de comprendre qu’un certain nombre de métiers évoluent vers le modèle de l’entreprise en réseau. En d’autres termes, le modèle énoncé tend vers une entreprise centrale qui s’entoure d’une constellation de prestataires de services, tous liés par des accords de partenariat. Parmi ces partenaires, on trouve des entreprises unipersonnelles qui ont simultanément plusieurs contrats de partenariat. Comme le dit l’adage, tout est marché : il n’y a donc plus de patrons ni de salariés, mais un marché où se rencontrent des clients et des fournisseurs de toutes sortes. Dans cette mouvance, les plus entreprenants y voient une opportunité de se libérer du travail salarié, qui semble parfois étouffer les capacités créatives de certains individus. Chacun devra donc se considérer comme une entreprise à part entière, en se positionnant sur un marché, en établissant une liste de prix, et en mettant en place ses propres plans de formation. Chacun a un projet pour lui-même et échafaude la rencontre de ces projets à plus ou moins long terme.

Le défi consiste désormais à ne garder que le meilleur de ce que les deux mondes ont à offrir. D’une part, l’entreprise avec son pouvoir de co-création et sa capacité à faire fonctionner l’intelligence collective ; d’autre part, l’indépendant, qui beneficie d’espace pour libérer rapidement le potentiel de création et d’innovation.

L’avantage d’une formule a réinventer, c’est justement le moyen de reconnecter les talents à leur organisation via une nouvelle posture… d’intrapreneur. Dans ce nouveau monde, une des compétences clés deviendra certainement la capacité à recontractualiser pour faire en sorte que les projets se rencontrent avec une forme de visibilité mutuelle permettant de profiter pleinement des apports mutuels.