29.09.2022 Human Ressources Farvest decrypt Luxembourg Talents

La quête de sens au travail va-t-elle devenir un KPI ?

Writer Laura Campan
Conférence WOOP 2022

Hier, la Maison du Savoir accueillait la nouvelle édition de la conférence WOOP – l’occasion pour la journaliste Audrey Pulvar de redéfinir les contours de la Tech, en compagnie de speakers d’exception.

Si le Covid nous a évidemment ébranlés sur le plan sanitaire, il a également bousculé notre quotidien et nos certitudes – notamment sur le plan professionnel. La quête de sens n’est plus une lubie de jeune diplômé mais touche toutes les couches de la société et a inévitablement entraîné une vague de démission – connue sous le nom de Big Quit aux Etats-Unis, avec près de 20 millions de démissions posées au premier semestre 2022.

Mais s’agit-il d’une tendance passagère ou d’un nouveau paradigme ?

Pour Isabelle Schlesser, directrice de l’Agence pour le développement de l’emploi, la pénurie de talents dans certains secteurs (exacerbée par le covid) a inversé la vapeur : ce ne sont plus les entreprises qui sont en position de force mais bien les salariés, qui n’hésitent plus à “imposer de nouvelles règles” à leur direction, conscients qu’en cas de désaccord, ils n’auront aucun mal à rebondir (ou du moins, moins qu’avant).

Pour Anne-Charlotte Vuccino, fondatrice & CEO de Yogist, si cette quête de sens remonte à quelques années déjà, la pandémie l’a exacerbée sous deux angles : la signification (à quoi je participe quand je fais ce travail ?) et le sens (quelles sont mes perspectives d’évolution ?) – une tendance que semblent confirmer les DRH avec lesquelles elle travaille régulièrement. “Les premières questions qu’on leur pose aujourd’hui ne portent plus sur le salaire mais sur les conditions de travail”.

Si l’entrepreneur semble avoir endossé le rôle du super-héros, il ne faudrait pas jeter l’opprobre sur le monde de l’entreprise : “C’est un formidable socle de formation, surtout quand on veut monter sa boîte après et qu’on va avoir des expertises à vendre en tant que prestataire”. Sans compter que se lancer dans l’entrepreneuriat et rendre des comptes, non plus à un patron mais à des clients, n’est pas fait pour tout le monde. “Donc ne jetons pas l’entreprise avec l’eau du Covid et voyons plutôt comment ces 20 millions qui quittent leur job vont utiliser les compétences qu’ils ont développées en entreprise pour aller travailler dans une autre entreprise qui correspond mieux à leurs aspirations ou pourquoi pas se mettre à leur compte et vivre de leur expertise”.

Mais alors comment pallier l’effet Big Quit et redorer le blason des entreprises – notamment auprès d’une génération désenchantée, que seule l’aventure entrepreneuriale semble faire rêver ?

Pour Anne-Charlotte, avant même de mettre en place des démarches de RSE, les entreprises devraient commencer par considérer le bonheur de leurs employés, non pas sous l’angle du Chief Happiness Officer mais sous celui – beaucoup plus concret – de la santé mentale et physique : “comment je peux éliminer la majorité des maux liés au travail ?” – qu’ils soient liés au stress, à l’hyperconnexion, à la posture, etc.

Bien que le sujet soit encore tabou au sein des directions, le corps reste (de manière très pragmatique) notre premier outil de travail et devrait cristalliser l’attention des ressources humaines – un enjeu de taille pour Anne-Charlotte que peut et doit relever l’entreprise.